Panim : from can to Interiority

« Tout homme qui rejette l’idolâtrie est ‘Juif’ » Talmud Méguila (13 a).

Je travaille sur les clôtures (havadala en hébreu) de l’intériorité (visage-Panim). Du corps (la peau). De la socialité (la maison). Ses sculptures travaillent sur les conditions de possibilité de l’émergence de l’intériorité (Penim).

Quand le visage se fait masque, surface sociale, l’homme est idolâtre. Tout el travail spirituel est de passé de l’idole à l’intériorité qui échappe à ce monde humain.

L’oubli de soi par amour de D. du veavta (tu aimeras) du Shema est le premier acte humain de techouva.

Moïse parlait à D. panim al panim, « visage contre visage, comme un ami parle à son ami » (Nb 12, 8). C’est à dire sans masque, en vérité, dépouillé de ses images sociales et de lui-même au point d’être un anaw (humble) « L’homme le plus humble que la terre eut porté » (Nb 12, 3). Celui qui ne renonce pas à ses idoles ne sait pas ce qu’est la Torah.

Le visage (Panim en hébreu) est le signe de l’intériorité, du divin. Il renvoie à l’intériorité (Penim en hébreu). L’arche d’alliance était dorée à l’ntérieur comme à l’extérieur.  Car elle est un symbole de l’humanité dont l’intérieur et l’extérieur se rejoignent. Sa présence frontale m’oblige à l’éthique à la responsabilité pour autrui (Lévinas). A sortir de mon idolâtrie.

« Tout homme qui rejette l’idolâtrie est ‘Juif’ » dit le Talmud Méguila (13 a).

La première révélation que D. fait à l’homme c’est que, laissé à lui-même, il existe parmi les objets de son désir et devient l’un d’eux, échappant à sa vocation humaine. Nous allons à nos idoles qui sont seulement la projection fantasmatique de la violence de notre propre puissance d’exister quel qu’en soit le prix à payer en terme de violence.

La foi (emouna) qui est une recherche de la vérité en réalité (emet qui a la même racine que emouna), de ce qui n’est pas « du bidon », est un arrachement au sol solide des idoles « Abraham eut foi en l’Eternel ».( Genèse  1, 6). De cet objet qui« une bouche mais ne parle pas, des yeux mais ne voit pas,  des oreilles mais n’entend pas, des narines mais en sent pas ».  Et en réalité « ils deviennent comme elles ceux qui les font ». (Psaume 115)

Ce qui caractérise donc le juif c’est cette volonté irrévocable de renoncer à l’idolâtrie. Cette techouva est un chemin de toute l’existence et de chaque instant qui doit être re-parcouru à chaque génération disent nos Sages. 

Maïmonide souligne la centralité du renoncement à l’idolâtrie, il explique dans le Guide des Egarés que « le but principal de la Loi est d’extirper l’idolâtrie » (Mishné Torah Livre de la Connaissance, chapitre II, « Qu’il est interdit de rendre un culte à rien de ce qui est créé… »)

L’idole antique était naïve, une statue, les nôtres sont plus raffinées : surface financière, position sociale, culturelle, pratique spirituelle ou religieuse, sentiment d’appartenance à une élite républicaine…  L’idole, qu’elle soit populaire : le joueur de foot, la bimbo ou la It-girl ; ou élitiste : les voyages d’exception, une culture livresque, une aventure spirituelle extraordinaire…, survalorise le processus culturel d’imitation, elle en exalte l’apothéose dans le sacré. 

Celui qui utilise le religieux pour exister, pour paraître, même à ses yeux, instrumentalise le spirituel et finalement l’Eternel lui-même. Il fait de Dieu un objet de ce monde, un outil à sa main, une pioche qui creuse sa tombe comme dit le Pirké Avot.( Pirké Avot 4, 7)

L’animal humain laissé à lui-même court à ses idoles dans une existence vouée à la mort. En effet, le désir de vivre dont je parlais au début de cet article est lié au temps. Vivant dans le temps, nous attendons la réalisation de nos désirs. Mais en réalité le temps qui passe en même temps qu’il nous rapproche que l’objet de notre désir nous rapproche aussi de leur négation radicale, la mort. La mort menace en permanence le désir de vivre. Le temps du désir qui est le temps de l’homme est donc un processus mortel ; et comme le temps nous tue, nous cherchons à l’oublier. C’est d’ailleurs la principale fonction de l’idole. Ne dit-on pas « tuer le temps » quand on s’ennuie ? L’idole qui vit à ma place me libère de mon obligation d’humanité. La mistvah rend à l’instant humain sa densité en le libérant de la tyrannie du désir d’exister. Elle est une prise en charge du visage d’autrui au delà des apparences dans sa fragilité fondamentale (Levinas).

Le choix de déterminer son existence face au divin ou face au objets la détermine. Celui qui vit « humblement devant D. » (Michée) consacre l’Éternel comme le maître du temps.

Pour la Révélation l’homme est déterminé par ce qu’il adore. Soit je vis déterminé par le monde des objets que la culture valorise comme désirables, au milieu de mes idoles ; sois je vis déterminé par une parole invisible qui m’engendre qui échappe au temps et à l’espace du monde phénoménal qui me conditionnent.

La projection fantasmatique de notre désir nous conduit à faire de nous et des autres des objets et non pas des sujets de leur liberté. De idoles sans voix.

Voilà l’expérience que montrent mes oeuvres à partir des masques, des visages du (faux) luxe, de l’œuvre qui est finalement un néant du désir. Bidon. La prostitution dit la Bible est la figure de l’idolâtrie. Car elle utilise le sexe comme un moyen et pas une fin, elle fait des protagonistes un objet sans renvoi à l’intériorité de la femme, guette alors l’homme. Entre l’intériorité et inférioriser je dois à chaque instant choisir. Grandir (rabbanout) autrui est le premier pas de l’homme humble, anaw.

Tout homme qui renie l’idolâtrie est appelé yehoudi (juif), cela me semble le grand principe du judaïsme. Je l’ai fait mien.

On ne peut pas voir D.ieu. On ne peut pas le représenter. L’oeuvre d’art ne peut se présenter dans sa positivité. D.ieu est à perte de vue. Que celui qui a des oreilles entende.